Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement

 

« Milieu des empires », « confins », « carrefour » ou « pont » entre Orient et Occident : les bouleversements géopolitiques des années 1989-1991 n’ont pas toujours permis à l’ancienne Europe de l’Est (Union soviétique et pays satellites d’Europe médiane) d’être appréhendée autrement que sur le mode de l’opposition, de la confrontation ou de l’échange entre « Est » et « Ouest ». En effet, l’étude du vécu et du pensé des populations de cet espace ne peut s’affranchir d’une réflexion sur les relations que ces pays entretiennent aujourd’hui avec l’idée de construction européenne. Toutefois, de part et d’autre de la nouvelle frontière de l’Europe élargie, les phénomènes de société font toujours l’objet de représentations et d’analyses stéréotypées caractérisant l’existence d’un imaginaire – ou d’une absence d’imaginaire – qualifié d’occidental par de nombreux analystes : le mysticisme et l’organicisme « de l’Est » sont de nouveau opposés au rationalisme et au mécanisme de la « pensée occidentale », comme si la fin du régime communiste avait permis de reprendre une vieille querelle à l’endroit où l’avait laissée le XIXe siècle. Les conflits politiques et sociaux qui traversent les sociétés post-soviétiques se trouvent donc de nouveau recouverts par une rhétorique identitaire, ethnique et religieuse. Loin d’être entièrement nouvelles, ces visions procèdent souvent de modèles d’interprétation anciens, ravivés et modernisés au fur et à mesure des changements sociétaux vécus dans cette partie du monde. Elles n’en débouchent pas moins sur de nouvelles définitions des rapports entre société, culture et politique qu’il s’avère nécessaire d’étudier dans une perspective interdisciplinaire. La collection Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement se veut un espace de réflexion permettant de vérifier l’hypothèse selon laquelle ces phénomènes sont tout autant liés au manque d’analyse des réalités politiques et sociales de ces pays qu’à la formulation de nouvelles idéologies permettant l’intériorisation de ces recompositions. Elle émane du besoin de resituer ces problématiques dans leur profondeur historique, de réfléchir aux représentations, y compris esthétiques, et aux discours qu’elles suscitent, en valorisant les recherches en histoire des idées, en épistémologie comparée des discours et en anthropologie sociale.

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